Libra: la Fed dresse sa liste de défis

(Getty images)

Une responsable de la Banque centrale américaine (Fed) a dressé mercredi une longue liste de défis règlementaires auxquels va faire face le projet de cryptomonnaie Libra de Facebook, quelques jours avant une intervention de Mark Zuckerberg au Congrès.

«Ce qui singularise la Libra de Facebook, c’est le fait que le projet combine un réseau d’utilisateurs actifs représentant un tiers de la population mondiale avec l’émission d’une monnaie digitale qui s’appuie de façon opaque à un panier de devises souveraines», a noté Lael Brainard, membre du directoire de la Fed dans un discours sur les monnaies numériques à Washington.

«Libra et tout autre projet de cryptomonnaie stable (« stablecoin ») à l’échelle mondiale doivent répondre à une série de défis règlementaires et légaux avant de pouvoir faciliter un paiement», a-t-elle ajouté.

Les intermédiaires du système, qui sera trans-frontières, devront s’assurer pouvoir identifier les utilisateurs afin d’éviter «les activités illicites» et le blanchiment d’argent.

Les consommateurs devront «être éduqués sur leurs droits» qui vont être différents de leurs rapports avec les banques où leurs dépôts sont assurés dans une certaine limite et où les transactions frauduleuses sont généralement de la responsabilité des établissements bancaires.

«Le genre de recours que pourront formuler les consommateurs n’est pas clair de même que le risque qu’ils prennent, puisqu’il ne semble pas qu’ils puissent revendiquer des droits sur les actifs sur lesquels s’appuient ces monnaies», s’est encore inquiété la gouverneure de la Fed.

Elle a souligné aussi qu’il fallait clarifier qui serait considéré responsable de la sécurité des données personnelles des utilisateurs et des informations sur les transactions.

«Le grand nombre de failles cybernétiques ces dernières années montrent l’importance de ces questions», a rappelé Mme Brainard.

Le cadre règlementaire de la Suisse, siège social de l’association Libra, doit être regardé à la loupe, prévient-elle tandis qu’aux Etats-Unis, elle rappelle que la Fed n’a pas la pleine autorité sur le système de paiement tout entier.

Autre source d’inquiétude, ces réseaux de «stablecoins» risquent de bouleverser le modèle bancaire, voire d’altérer le rôle des banques centrales, n’hésite pas à dire la gouverneure.

«Une vaste migration vers un ou plusieurs réseaux mondiaux de cryptomonnaies stables pourrait ôter aux banques leur rôle d’intermédiaire dans les paiements», ajoute-t-elle, alors que la Chine commence à édifier sa propre monnaie virtuelle.

Si les consommateurs et les entreprises réduisent leurs dépôts dans les banques commerciales au profit de portefeuilles virtuels, «cela pourrait diminuer les sources de fonds stables pour les banques», ajoute la responsable.

La baisse de la demande de cash risque aussi d’affecter les réserves des banques centrales.

Un tel système de monnaie virtuelle n’est pas à l’abri d’une «panique» de type krach bancaire ni d’une «perte de confiance» avec des risques de «contagion».

«Vu ce qui est en jeu, les réseaux de cryptomonnaies de ce type (« stablecoins ») doivent s’attendre à satisfaire des garde-fous juridiques et réglementaires des plus exigeants», a conclu la membre de la Fed.

Ce discours intervient à quelques jours d’une audition de Mark Zuckerberg sur le sujet devant le Congrès américain.

Le patron de Facebook témoignera devant une commission financière de la Chambre des représentants le 23 octobre.

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